Retour sur le procès de Seb et perspectives antifascistes

par Comité de Vigilance Antifasciste 62

Le procès de notre camarade Seb vient de s’achever, le moment est venu de faire le bilan de la campagne de solidarité, et de la replacer dans son contexte.

Seb avait été arrêté le 17 juin à Hénin-Beaumont avec 5 autres camarades, peu de temps avant l’annonce du résultat du second tour des législatives.

En cas d’élection de Marine Le Pen, un appel à rassemblement avait été lancé : dans les rues du centre-ville d’Hénin-Beaumont, de nombreuses personnes attendaient les résultats, tandis que des effectifs policiers renforcés pour l’occasion étaient stationnés près du commissariat.

Pour les personnes avec qui nous avons discuté sur place, il était important de se regrouper dans le centre-ville ce soir-là, pour marquer une présence, et rendre visible l’opposition populaire locale qui existe bel et bien, face à la progression du fascisme.

Quoi de plus normal, que de refuser de laisser place nette en cas de victoire de Marine Le Pen?

Mais à l’évidence, pour l’Etat et sa Police Nationale, il aurait été préférable que la foule se disperse, que chacun rentre chez soi et qu’une atmosphère de couvre-feu s’installe dans les rues d’Hénin-Beaumont…

En effet, plusieurs témoignages nous ont permis d’établir que les controles d’identité musclés effectués peu avant 20 heures en plusiers points de la ville ciblaient uniquement les personnes qui, pour la police, ressemblaient de près ou de loin à des militants antifascistes ou « de gauche ».

C’est dans ces circonstances qu’a eu lieu l’arrestation de nos 6 camarades par un impressionnant dispositif composés de policiers en uniforme, d’agents de la BAC et de la DCRI, certains spécialement envoyés de Lille pour l’occasion.

Les 6 camarades ont été fouillés. Les policiers du renseignement, sortant leurs mains des sacs à dos, ont brandi triomphalement (et illégalement confisqué) des tracts et des autocollants…

Il est vrai aussi que certains camarades avaient osé pensé à apporter de quoi se défendre, dans l’hypothèse d’une agression par une bande de néo-nazis. Ce scénario n’est pas fantaisiste, pour la simple et bonne raison qu’il existe des précédents.

Mais pour les policiers sur place, cette arrestation représentait un coup de filet exceptionnel. Selon eux, « le pire venait d’être évité », car de toute évidence, les 6 camarades se préparaient à attaquer le siège du Front National!

Nous pouvons certifier que nos camarades marchaient tranquillement dans la rue et n’avaient aucunement une allure agressive, et pourtant c’est dans le cadre d’une affaire de « participation à un groupe violent et armé » qu’ils ont été menottés et placés en garde à vue pour la nuit au commissariat de Lens…

Puis, comme nous l’avons déjà relaté ici, l’arrestation a débouché sur deux chefs d’inculpation, et le procès de mardi dernier, dont le compte-rendu est visible ici.

Notre camarade Seb écope donc de 300 euros d’amende pour port d’arme de 6eme catégorie, et d’un mois de prison avec sursis pour refus de fichage ADN. Nous n’avons pas obtenu la relaxe, mais les peines sont moins importantes que celles requises par le procureur, ce qui prouve que la solidarité et la lutte ont pesé dans le verdict.

Un repas végan a été organisé pour collecter des fonds.

Mais que s’est-il passé dans le bassin minier depuis le mois de juin, pendant que l’Etat et ses bras policier et judiciaire étaient occupés à réprimer les militants antifascistes?

Le bassin minier est devenu un des enjeux prioritaires pour les diverses tendances du fascisme :

Il y a eu cet été le « week-end du Trident » à Auchel, organisé avec le concours de le Maison de l’Artois, une structure proche des fascistes de Troisième Voie et de la mouvance « solidariste ». Pendant deux jours, des bandes de néo-nazis ont paradé en ville, exhibé cagoules et masques de Hitler, et occupé un terrain municipal pour une partie de foot. Cette occupation de l’espace public par des fascistes a suscité un rejet total de la part de la population, mais on n’a pas vu l’ombre d’un uniforme de police à Auchel durant tout le week-end.

Ce n’est que trois mois plus tard, en octobre, que la dissolution de la Maison de l’Artois sera prononcée par l’Etat.

Il y a eu aussi en octobre un épisode judiciaire totalement passé sous silence par les médias bourgeois, alors qu’un journaliste de la Voix du Nord était présent le jour du procès: le Front National vient d’être condamné par la Cour de Douai à verser 14000 euros de dommages et intérêts pour usurpation d’identité, suite à un épisode de la campagne législative à Hénin-Beaumont, où deux militants frontistes se sont faisant passer pour des policiers et ont demandé à un jeune écologiste d’arrêter de distribuer ses tracts sur le marché.

Pendant ce temps, non contents de se faire passer pour des policiers, les militants du Front National profitent de la crise et des fermetures d’usine pour toucher la population ouvrière, et marteler son discours haineux et nationaliste.

Les groupes néo-nazis se structurent dans le secteur, et se rassemblent en nombre et au grand jour, à Lens, Douai, Libercourt…Il est de plus en plus dangereux d’afficher son antifascisme, tellement le risque d’agression est devenu élevé.

Voilà pour le contexte local. Et c’est là qu’on apprend que la ville de Toul en Moselle a accueilli le week-end dernier un rassemblement de 2000 néo-nazis. Selon France 3 Lorraine, « la Préfecture de Meurthe-et-Moselle et la mairie de Toul ne sont pas intervenues et aucun représentant de l’ordre n’était présent dans la salle pour constater les multiples infractions administratives et pénales : incitation à la haine raciale ou encore appel au meurtre.

Seuls des policiers et un renfort de la CRS 39 a été dépêché sur place pour éviter tout débordement en dehors du lieu de la manifestation. »

On voit ici clairement la tendance qui ne fera que s’accentuer dans le futur : l’Etat et la bourgeoisie penchent inévitablement en direction du fascisme. Les composantes les moins aggressives de la bourgeoisie auront beau rechigner à ouvrir un espace de plus en plus grand à des mouvances fascistes à leurs yeux peu fréquentables, mais objectivement cela ne changera rien. Dans ce contexte de crise généralisée du capitalisme, la bourgeoisie a besoin du fascisme et des fascistes pour « faire le sale boulot » et préserver ses intérêts. Le nationalisme et les valeurs fascistes font lentement leur chemin au sein du peuple.

En tant qu’antifascistes, nous n’avons rien à attendre de l’Etat, ni pour nous protéger, et encore moins pour freiner l’avancée du fascisme. Les agissements de la police à l’égard de nos camarades ne visent qu’à nous diviser et à nous faire passer pour des groupes violents et en marge de la société. Nous ne pouvons compter que sur nos propres forces pour combattre les valeurs fascistes, en y opposant nos propres valeurs.

A nous, donc, de construire l’unité populaire antifasciste!

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One Comment to “Retour sur le procès de Seb et perspectives antifascistes”

  1. D’accord mais je pense néanmoins utile et important de réclamer à l’Etat l’application de la loi qui punit les appels à la haine raciale. Toute chose que Manuel Valls, de toute évidence, ne veut pas faire, non « parce qu’il y aurait un problème juridique » comme ils l’ont prétendu, mais parce qu’il n’y a pas de volonté politique d’endiguer la montée de l’extrème-droite au ministère de l’intérieur. En effet, à la lecture de la loi, rien n’empêche l’Etat français de poursuivre génération identitaire et le bloc identitaire pour incitation à la haine raciale.

    La loi de 1972 sur la lutte contre le racisme a introduit d’autres notions, telles que l’incitation à la haine raciale : « Seront punis de cinq ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende ceux qui, par l’un
    des moyens énoncés à l’article précédent, auront directement provoqué, dans le cas où cette provocation n’aurait pas été suivie d’effet, à commettre l’une des infractions suivantes :
    […]
    Ceux qui, par l’un des moyens énoncés à l’article 23, auront provoqué à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, seront punis d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende ou de l’une de ces deux peines seulement. » http://fr.wikipedia.org/wiki/Lois_contre_le_racisme_et_les_discours_de_haine#France

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