Football et exploitation à Hénin-Beaumont + une analyse de la réaction de Steeve Briois

par Comité de Vigilance Antifasciste 62

Rigoberte M'Bah à son arrivée au FCF-Hénin-Beaumont. A sa gauche, Michel Houvenaeghel, ex-président du club et aujourd'hui vice-président. C'est à l'été 2009, sous la présidence de M. Houvenaeghel, que Rigoberte M'Bah avait été trahie une première fois par le club. Prétextant des formalités, le directeur administratif de l'époque l'avait déposée sur un parking où l'attendait la police aux frontières. Elle avait alors évité de justesse une reconduite à la frontière.

Le jeudi 17 février, la footballeuse camerounaise Rigoberte M’bah, qui évolue en D1 dans le club de football féminin d’Hénin-Beaumont, a été interpellée par la police alors qu’elle sortait d’une séance de kiné. Coup monté? C’est bien possible… Ne pouvant présenter de papiers, elle a été amenée au commissariat de Lille puis au centre de rétention de Lesquin. Elle est sortie lundi dernier, suite à une décision de la cour d’appel de Douai. L’arrêt de reconduite à la frontière a été cassé, mais la situation de la joueuse n’est pas encore régularisée.

Le cas de Rigoberte M’bah ressemble à celle de dizaines de milliers d’autres personnes sans-papiers qui vivent et travaillent en France. Mais son histoire est particulière car elle met en lumière les rapports d’exploitation que les clubs de foot européens entretiennent envers les joueurs des pays africains.

Rigoberte M’bah est une sportive de très haut niveau, elle jouait au Cameroun dans l’équipe nationale et a disputé plusieurs fois la Coupe d’Afrique. C’est une footballeuse de stature internationale. C’est en 2008, elle intègre le FCF Hénin-Beaumont, après un passage à Brive.

On va chercher des champions africains, on les traite comme des esclaves et quand on n’a plus besoin d’eux, on les expulse de France.

Le FCF Hénin-Beaumont évolue en première division, c’est l’un des meilleurs clubs féminins de France. Mais cela reste du football amateur, car il n’existe pas de statut professionnel en France pour les femmes. Pour Rigoberte, il se pose donc la question du logement, du revenu, de la régularisation. Mais, selon le CSP 59, « malgré ses performances et ses qualités footballistiques jamais démenties, les dirigeants de ce Club n’ont jamais entamé des démarches crédibles pour la régularisation de sa situation administrative

Voici un extrait des déclarations de l’avocate :

« [Rigoberte M’bah] ne bénéficie d’aucun contrat de travail, d’aucune rémunération et a été ballottée de logement de fortune en logement de fortune, d’abord dans un hôtel de passe puis chez un supporter, avant d’être enfin prise en charge par un comité de soutien qui lui a trouvé un appartement à Lille» […] « Le club d’Hénin-Beaumont n’a jamais fait aucune démarche pour qu’elle soit régularisée, car il avait tout intérêt à maintenir ma cliente dans un état d’isolement et de dépendance, et empêcher ainsi qu’elle aille jouer ailleurs». « Il s’agit d’un comportement scandaleux qui relève de l’exploitation pure et simple», déclare-t-elle, soulignant que la jeune femme ne « reçoit que 50 euros par semaine, alors qu’elle participe à tous les matchs et à 4 entraînements par semaine depuis près de 3 ans. On va chercher des champions africains, et après on les traite comme des esclaves et quand on n’a plus besoin d’eux, on les expulse de France».

Division internationale du travail

La direction du club, elle, affirme que tout a été fait pour aider la joueuse, tant sur le plan administratif que pour un logement et du travail. Mais les fait sont têtus. Ainsi, sur le site du club, on peut lire aujourd’hui encore:  « Le FCF Henin Beaumont est à la recherche d’une gardienne pour son équipe de Division 1. Possibilité de logement et de travail.» Le club a l’air si accueillant et disposé à aider l’installation des joueuses à Hénin-Beaumont, que l’on s’étonne qu’une seule demande de régularisation ait été déposée en 3 ans pour Rigoberte M’Bah…

Quoi qu’il en soit, le cas de Rigoberte M’bah n’est que la partie émergée de l’iceberg : ces pratiques néo-colonialistes sont légion dans les clubs de foot français, qui considèrent l’Afrique comme un gigantesque vivier de futur champions dont ils peuvent disposer comme ils l’entendent, presque gratuitement.  Selon l’association Culture Foot Solidaire, qui a pour but de protéger les jeunes joueurs, « nombreux sont les footballeurs africains qui évoluent dans des clubs en France. Mais il n’y a pas de retour en Afrique pour les populations locales

Ainsi le football n’échappe pas aux lois de la division internationale du travail: la main d’œuvre y est exploitée comme dans tous les autres secteurs…

Réaction du Front National

Le Front National s’est donc fendu d’un bref communiqué dénonçant pèle-mêle  la « folle politique d’immigration», la « culture d’impunité» et le « laxisme judiciaire» de «la mairie socialiste et de l’État UMP», ainsi que la « nouvelle forme d’esclavagisme dont sont complices les socialistes» (faisant référence aux liens existants entre certains dirigeants et sponsors du club et Gérard Dalongeville, ancien maire d’Hénin-Beaumont démis de ses fonctions).

Se posant en grand défenseur de la justice, Steeve Briois réclame « la stricte application de la loi», en se gardant bien de préciser de quelle loi il s’agit… (Certainement pas la loi qui interdit d’afficher sur les postes de détente de gaz en tout cas!) Une fois de plus, c’est l’occasion rêvée pour le FN de se présenter comme un pouvoir honnête et incorruptible face à « l’amateurisme» de la social-démocratie.

Partout en France, les mairies et les collectivités territoriales servent de comité d’affaires à la bourgeoisie locale, par le biais de subventions et d’attributions de marchés publics. Si le cas d’Hénin-Beaumont se distingue, c’est parce que les liens affairistes entre pouvoir politique et économique y sont particulièrement caricaturaux. C’est précisément pour cette raison, combinée à l’histoire ouvrière de la ville, que le FN avait choisi de s’implanter à Hénin-Beaumont. Trop facile alors, de se positionner comme les incorruptibles redresseurs de torts…

La « soif de justice» du Front National

En vérité, le Front National défend sur le papier les intérêts de la petite bourgeoisie locale, et sur le plan national il roule pour la fraction la plus chauvine de la bourgeoisie impérialiste. Son programme favorise l’exploitation de la classe ouvrière, l’oppression des femmes et des minorités, et facilite  une extraction de profits toujours plus sauvage.

Pour le FN tout est un prétexte, même le football, pour dissimuler les rapports d’exploitation internationaux, et diviser la classe internationale des exploités : d’un côté les « nationaux», de l’autre les étrangers.

Le bilan des villes gouvernées par le FN et ses émanations montre que les liens affairistes entre pouvoir politique et bourgeoisie locale y sont les mêmes qu’à Hénin-Beaumont sous le mandat de Dalongeville. En 2001 à Toulon, la municipalité Front National sortante avait laissé une ardoise de 15 millions d’euros, et les époux Le Chevallier avaient été condamnés pour détournement de fonds publics et complicité d’abus de confiance.

Pour ce qui est du pseudo-humanisme, du légalisme et des relations que le Front National a entretenu avec l’Afrique, en voici une illustration concrête:

Le DPS, bras armé du FN et protecteur de l’impérialisme français en Afrique

La carrière de Bernard Courcelle, qui a travaillé conjointement pour le FN et l’état français, est emblématique d’une présence française en Afrique héritée du temps de la Cagoule dans les années 30…

Après avoir travaillé pour les services secrets français en Afrique, Bernard Courcelle est nommé à la tête du DPS (service d’ordre du FN) en 1993. Il dirige un millier de mercenaires du DPS actifs  en Afrique. En 1999 il se charge de la sécurité du président Sassou Nguesso, (porté au pouvoir par l’état Français), puis assure la sécurité des installations pétrolières d’Elf à Pointe-Noire. Les mercenaires du FN se sont donc particulièrement bien  illustrés comme protecteurs de l’impérialisme français.

(A noter que Claude Hermant, le « Celte» de la Maison Flamande de Lambersart, a travaillé au Congo-Brazaville comme mercenaire pour le compte de Bernard Courcelle. Incarcéré pendant 7 mois, il sera gracié par le président Sassou N’guesso, puis fera quelques « révélations » à la presse.)

Non à l’impérialisme français!

Justice sociale internationale!

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