Circulation des marchandises, des capitaux et des ordures : d’Arras à Hersin-Coupigny, le vrai visage du « développement durable »

par Comité de Vigilance Antifasciste 62

Le centre d'enfouissement technique d'Hersin-Coupigny, le deuxième plus grand de France

 

«La chose la plus compliquée, c’est d’imaginer l’économie dans toutes ses parties. Les flux financiers, les pourcentages de profit, les concentrations, les dettes, les investissements. Il n’y a pas de formes à visualiser, des choses précises à fixer dans son esprit.

[…] Peut être que la seule façon de se représenter l’économie en mouvement, c’est d’observer ce qu’elle laisse, d’en suivre les traces, les écailles de peau morte qu’elle laisse tomber sur son passage.

Les décharges sont l’emblème le plus concret de chaque cycle économique. Elles amoncèlent tout ce qui a été, elles sont la véritable suite de la consommation, quelque chose de plus que la trace laissée par chaque produit sur la croûte terrestre

Roberto Saviano, extrait de Gomorra.

On pense rarement à ce que deviennent les déchets industriels et ménagers (sauf quand on travaille dans ce secteur). Et pourtant les ordures ne disparaissent pas comme par magie une fois que le camion benne est passé. Etre matérialiste, c’est aussi s’intéresser à leur destinée.

Les établissements Lafflute à Dainville

Que deviennent les ordures de l’Arrageois? La communauté urbaine est discrète sur le sujet. Surtout depuis l’échec d’Arthélyse, dont nous aurons l’occasion de reparler. Tout simplement, la grande majorité des déchets part dans les camions de la société Lafflute de Dainville, pour être enterrée à Hersin-Coupigny dans le bassin minier, y compris une partie du tri sélectif : il ne suffit pas de trier, encore faut-il qu’il existe des possibilités de recyclage. Et quand le recyclage ne génère pas de profit, il est souvent inexistant. Capitalisme oblige!

Le Centre d’Enfouissement Technique (CET) d’Hersin-Coupigny se trouve sur le flanc d’une colline que l’on creuse pour y enterrer les déchets. Il est exploité par la société SITA FD, filiale du groupe GDF Suez. Dans la région, 60% des déchets ménagers sont enfouis. Et le site d’Hersin-Coupigny est le deuxième plus grand de France, il reçoit chaque année 400 000 tonnes de déchêts, dont certains sont toxiques. Du désodorisant est répandu sur le site pour tenter de dissimuler les odeurs.

Environ un tiers des déchets ménagers du Pas-de-Calais finissent leur course à Hersin. Mais pas seulement : par exemple, certains déchets proviennent du Luxembourg. C’est illégal, mais l’entreprise contourne le problème en les faisant transiter par un site du Valenciennois.

Roberto Saviano, dans son livre Gomorra, veut démontrer la nature capitaliste de la mafia napolitaine. Mais c’est le contraire qu’il faut faire : montrer la nature mafieuse du capitalisme!

Hersin-Coupigny est un village de 6000 habitants où le taux de chômage est de 25%. La filiale de GDF-Suez qui exploite ce site, réalise chaque année plus de 20 millions d’euros de bénéfice net. Sa contribution au «développement durable»? La production d’électricité à partir du «biogaz» émis par les ordures. Cette électricité est revendue au réseau EDF.

Voici une bonne définition du développement durable : une possibilité d’étendre le profit en transformant les «externalités», les résidus à priori non exploitables d’une activité, en nouvelle source de profit. Le «développement durable» n’annulera jamais l’impact du capitalisme sur la nature. Il ne peut que réduire très légèrement cet impact, sous la condition expresse d’une génération de profit.

Les partis de droite et de gauche, y compris Europe Ecologie,  qui défendent le développement durable, n’apportent aucune solution, car ils ne remettent pas en cause le capitalisme.

Il n’est donc pas étonnant que le thème du développement durable soit également repris par des groupes fascistes : la critique superficielle du capitalisme est leur fond de commerce.

Sachons aller au fond des choses, battons nous pour une nouvelle société : une société où l’on ne creuse pas des trous pour en remplir d’autres! Une société où la destruction de la nature n’est pas le moteur du progrès. Où les richesses permettent de couvrir les besoins de tous. Où chacun a une responsabilité égale devant son impact sur la vie.

C’est possible, car toutes les conditions matérielles sont réunies pour le faire.

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One Comment to “Circulation des marchandises, des capitaux et des ordures : d’Arras à Hersin-Coupigny, le vrai visage du « développement durable »”

  1. Salut,

    Le Pas de Calais est concerné par le creusement du futur canal à grand gabarit. Et pour l’instant, personne ne semble s’en émouvoir, dû à la rhétorique du développement durable. Alors que c’et bien le capitalisme qui avance. Plus d’infos ici : http://labrique.net/numeros/numero-23-juillet-2010/article/canal-seine-nord-ou-veulent-ils

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