Quand les fachos se mettent à parler picard, ch’est ch’déran héring qu’i carke ech beudet!

par Comité de Vigilance Antifasciste 62

En français, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase…

Nous avons déjà parlé d’Opstaan, un mouvement d’identitaires « flamands » basé dans le département du Nord. C’est donc tout naturellement que nous nous intéressons à leurs homologues un peu plus au sud, les identitaires picards du « Réveil Picard », le «mouvement des jeunes enracinés et identitaires de Picardie», lié de près ou de loin au Bloc Identitaire.

« tout l’gaule al est occupèe par ches socialisses et ches rascayes… »

Il existe des groupes antifascistes en région Picardie et nous ne prétendons pas nous substituer à eux. Mais le nord de la Somme et le sud du Pas-de-Calais se ressemblent beaucoup. Et les parlers qu’on appelle parfois le patois dans notre département, et le chti dans le département du Nord, ne sont rien d’autre que des variantes locales appartenant à une matrice linguistique commune : le picard, langue cousine du français et historiquement parlée sur une zone qui s’étend du Hainaut belge jusqu’à l’Oise (y compris à Lille, le QG des « flaminguants » d’Opstaan…)

Sur le nouveau site du Réveil Picard (toujours aussi moche que l’ancien), on trouve donc une présentation en picard intitulée «Ches picards sont lô», en français, «les picards sont là»:

Os sonmes in 2010: tout l’gaule al est occupèe par ches socialisses et ches rascayes….Toute l’Gaule? A y raviser d’pu prés: non, point toute! I reste ein poignée d’arbèleu qu’i n’ont point bachès leus bros dvant ches envahicheus et qui ch’est rangeue djêre ch’drapô picàr et ch’est mîse à prindre eul’dèfèdu d’l’identiteu de ché eux! Ches jones lô ches les propagandeus de ‘l’révèy-picàr (réveil-picard) qu’ont ben anvîe d’leur moutreu à ches èn’mi d’l’ô tans passeu qu’y a cor d’le vîe din ch’pays lô!
Os sonmes lô, os lâchra mîe, pasque eùç’ têre-là nos va bieu!
(texte dans un picard qui vient majoritairement du grand amiénois)

EN FRANCAIS:
On est en 2010, la France est occupée par les gauchistes et les racailles….Toute la France? En y regardant de plus près: non pas toute! Il reste une poignée de rebelles qui n’a pas baissé les bras devant les envahisseurs et qui s’est rangée derrière l’étandard picard et s’est mise à défendre son identité! Ces jeunes, ce sont les militants du réveil picard qui ont bien envie de montrer aux ennemis du temps passé (comprenez là: notre histoire, notre passé) qu’il y a encore de la vie dans ce pays!
On est là, on lâche pas car nous aimons cette terre!


Ah non. Ah non. Cela nous fait de la peine de voir la langue picarde ainsi malmenée. Un «texte écrit dans un picard qui vient majoritairement du grand amiénois», vous voulez rire?

Fascistes, sachez le, le picard n’est pas à vous, car c’est le peuple qui façonne les langues vernaculaires, grandes ou petites!

Que le «Réveil Picard» aille se renseigner un petit peu avant d’écrire n’importe quoi… Nous leur proposons notamment d’étudier cet exemple parlé du ″roubaignot″, variante linguistique roubaisienne du chti-picard.

Et pour ce qui est de la libération de la Picardie, eh bien nous conseillons aux identitaires la lecture du patrimoine littéraire picard. Notamment Konrad Schmitt alias Flip-Donald Tyètdégvau (noms de plume), un poète originaire de Buire-le-Sec dans le Montreuillois. En 1973,  il écrit «Ch’Conbaùt Feinal in Picardie»«La Lutte Finale en Picardie», à l’age de 18 ans. Nous vous en présentons ci-dessous quelques extraits avec la traduction en français. Schmitt mélange les parlers, de Buire-le-Sec et de Berck notamment. La transcription orthographique n’est pas normalisée, en partie pour des raisons d’expérimentation linguistique, et en partie parce que la langue picarde est tellement éclatée qu’il est difficile de mettre tout le monde d’accord sur une graphie commune.  On pourra constater que Konrad Schmitt a une toute autre vision de la libération picarde que nos apprentis identitaires picards, à qui nous conseillons de « repartir en stage », pour paraphraser quelqu’un:

(c’est nous qui soulignons)


Konrad Schmitt, autoportrait

… Ej m’avainche dusqua laù. Ch’ciu
ét bleu-we, pur, linpite. Ej m’évérni pi
m’trondéle din l’:érpe douche é-pi tére,
matcheignant
dés turots d’tous lés sœrtes. J’arbè
largh’mint l’luindeur. Ej sin qu’cho’t t:ére-laù ale ét
miènne. Cho’h hènne a s’toule acq l’éstase, acq
é’s sinsacion d’:ète adlipe. In mènme tènp qu’j’arfuse
ech sistènme ed traval forchè-ye, ed chés
contrintes, dech’l innui, j’àrfuse é’f
Frainche, ës’n étaùt polichié, ës tchulture
pouante, qu’ale inpose – dëwor é’f Frainche !

 

… J’avance jusque là, le ciel
est bleu, pur, limpide. Je me jette à plat-ventre et
me tords dans l’herbe douce et tendre, mâchonnant
des tiges de toutes espèces. Je regarde
largement le lointain. Je sens que cette terre là est
mienne. La haine se mêle à l’extase, à la
sensation d’être à l’aise. En même temps que je refuse
le système du travail forcé, des
contraintes, de l’ennui, je refuse la
France et son état policier, la culture
puante qu’elle impose – dehors la France !

Qu’viche cho’p Picardie ré:eunifiè-ye é-
pi délibérè-ye !… Mé a quoé qu’ch’ét qu’cha
sàrviroét d’àrvinditcheu-ye el libartè-ye,
ed crititcheu-ye ch’étant chl’étaùt frainchoé
pi sin colonnialisme, sains inpourprènne coére in plus’
ech fu d’cho’c critique a tous zz’aspéts dech’l
ayénacion ? Cha n’froét foque eque nous foére àrtchère
din zz’àrvindications flépeuses,
din ch’réjionnalisme, cha n’froét ch’étant foque
rincorcheu-ye ech povoér donminant.
A més piés in grand rindé d’airjilhe i déchind
dusqua énne œte pature. Ej dévale
ech rindé a grannë-z éganbè-yes, in mullant
d’tout min pu fort. Més braùs écarts is cach’t’ ech
l’étchilipe…

Vive la Picardie réunifiée et
délivrée!… Mais à quoi cela
servirait-il de revendiquer la liberté,
partant, de critiquer l’état français
et son colonialisme, sans faire encore se propager
le feu de la critique à tous les aspects de l’
aliénation? Ça ne ferait que nous faire retomber
dans les revendications parcellaires,
dans le régionalisme, ça ne ferait partant
que renforcer le pouvoir dominant.
A mes pieds, un grand talus d’argile descend
jusqu’à un autre pré. Je dévale
le talus à grandes enjambées, beuglant
de toutes mes forces. Mes bras écartés cherchent l’
équilibre…

…«Nan, cho’d détoule
pour ell éspéchifichitè-ye picarte,
a n’sairouét :ète ènne activitè-ye déssévrè-ye
dech mouvmint glœbal ed contéstacion
crititchant in-n actes é’v vie quotidhiènne,
aroéyant ‘f florijon d’chés consèls
d’ouvrés, pi ch’piétache d’ènne sociétè-ye
d’oùtojéssion jénéralizè-ye. »
Ech prè-ye i s’alardjit, i prind dés
diminsions éspaciales. L’cantrie d’chés moviards a’r
récoefe ech tcheur. Nadèche a m’prind m’màn-ye,
ëm’saque duchmint. Os mairchons insanne.
Ech calme inlourdinant i pàrtrit chl’érpe…

…«Non, le combat
pour la spécificité picarde
ne saurait être une activité séparée
du mouvement global de contestation
critiquant en actes la vie quotidienne,
amorçant la floraison des conseils
ouvriers, la mise en place d’une société
d’autogestion généralisée. »
Le pré s’élargit, prend des
dimensions spatiales. Le chant des merles ré-
chauffe le cœur. Nadège me prend la main,
me tire doucement. Nous marchons ensemble.
Le calme vertigineux pétrit l’herbe…

Quelques liens pour en savoir plus sur le chti-picard:

Liste de liens (sites, dictionnaires…)
L’art de conjuguer le verbe picard
Bibliothèque sonore (Real Player obligatoire)
Histoire du picard et de sa littérature

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One Comment to “Quand les fachos se mettent à parler picard, ch’est ch’déran héring qu’i carke ech beudet!”

  1. Avec les identitaires, on ne peut pas parler, c’est personnes pensent avoir le monopole de la culture alors qu’ils ne sont que des parasites de la république qui ne cherchent qu’une chose, causé le chaos en France.
    Fabrice Robert le président des identitaires est un ancien des GUD et c’est un antisémite convaincu et un raciste sans limites avec le cerveau d’un hérisson.
    Quand je pense que nous avons dut viré ses connards de skinheads RAC de Toulouse il y’à plus de vingt ans et que tout allait à peu prés bien depuis, maintenant nous devons nous occupés de ses abrutis qui collent leurs affiches de merdes la nuit.
    En juin ils organisent un repas à Grenade sur Garonne, si vous êtes de Toulouse, rendez-vous là bas!!!!
    Amis antifascistes, bonne continuation!

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