Le rôle des femmes selon les identitaires flamands d’Opstaan

par Comité de Vigilance Antifasciste 62

Dans la catégorie ″Théorie″ du site internet d’Opstaan, groupe identitaire basé à la Vlaams Huis (Lambersart, 59) on peut trouver un texte s’intitulantUne femme libre n’a nul besoin.

Ce texte est un magnifique résumé des idées fascistes sur les femmes. Il est d’autant plus intéressant qu’il est écrit par une femme prénommée Adélaïde. A la lecture de son ″œuvre″, on ne peut que lui souhaiter de se remettre les yeux en face des trous et de tirer parti de son expérience pour regarder le monde dans lequel elle vit avec un peu plus de réalisme. Que dit le texte?

L’émancipation des femmes y est considérée comme acquise. Le féminisme (une catastrophe dont le seul but serait d’anéantir la ″volonté masculine″), serait étroitement associé au capitalisme (très superficiellement détesté), et bénéficierait du soutien unanime des médias et de la société dans son ensemble (???). Manifestement l’auteure de ce texte n’a aucune idée de ce qu’est le féminisme, puisqu’elle croit voir ses manifestations concrètes dans la société de consommation, les clips vidéos et même les régimes minceur! Un extrait au hasard, ouvrez les guillemets avec des pincettes :

Triste constat de l’activisme féminin, uniquement porté sur lui-même et sur ses propres et inutiles intérêts, dénué de toute conscience nationale, éternellement voué à s’autosatisfaire dans le déni de l’homme et dans la nostalgie des Suffragettes. On pourrait alors se demander l’intérêt d’un tel mouvement, aux revendications déjà acquises […]

Au passage, qui a dit que les identitaires n’étaient pas nationalistes? Mais reprenons : le rôle de l’homme, c’est d’être un ″guerrier″, un ″chasseur″, bref d’écrire l’histoire, pendant que la femme s’occupe de la maison et des enfants:

Peu de femmes sont entrées dans l’Histoire, mais toutes se sont battues au nom d’un peuple, d’une patrie, portant les armes fièrement sans se soucier du détail, du contexte ou des institutions. Les grandes pages de l’Histoire se sont écrites en majeure partie par les hommes, par la force et la volonté. Et si actuellement ces dames vivent dans un pays qui les respectent, tel que le nôtre, ce n’est certainement pas grâce aux lobbys extrémistes ou aux hommes au foyer, mais bien par le sacrifice passé d’êtres volontaires et d’une unité nationale sans failles.

Au secours!!! Donc si on a bien compris, l’Histoire avec un grand Hache, c’est les hommes qui la font, à coup de Volonté, de Valeurs, de Morale, de Devoir et d’Honneur et de Force et de Sacrifice et patati et patata, et les femmes les soutiennent au nom du Peuple ou d’une Patrie ou d’une Communauté (surtout pas au nom d’une classe sociale bien sûr) . Ici on a l’esthétique des grands symboles virils qui ne veulent rien dire, doublée de la négation de la lutte des classes, au profit du corporatisme. Point d’oppresseurs ni d’oppresséEs, toutEs réuniEs sous le même drapeau. Alors surtout, les filles, ne vous ″souciez pas du détail″, car vous vivez dans un pays où seulement 6 femmes par mois meurent de violences conjugales, où l’écart salarial entre les femmes et les hommes est seulement de 20% en moyenne, et où les femmes assument seulement 80% des tâches domestiques.

Tout le long du texte, trois caractéristiques frappantes : la nostalgie du passé, un flou idéologique qui se manifeste par une multitude d’incohérences, et des positions pseudo-révolutionnaires :

La nostalgie d’abord, qui suinte du texte: la nostalgie d’une époque d’avant le capitalisme (le féodalisme?) où régnait ″l’esprit d’ordre social″, où la religion était garante de cet ordre, où l’avortement n’était pas un droit, et où la femme ne travaillait pas, mais s’occupait à ″parfaire l’éducation de sa descendance″, etc. Le féminisme est implicitement rendu responsable de la crise du ″monde moderne″, même si la nature de cette crise est loin d’être précisée dans le texte.

Le flou idéologique ensuite: le ″capitalisme économique″(sic) de la ″nouvelle société libérale″, le féminisme qui ″tend à humaniser niaisement la société″, ″l’égoïsme maternel″ (?), ″l’utopie et la malversation » et le″mouvement unisexe et linéaire″, c’est zoli mais ça ne veut rien dire. Tout ce qu’on retiendra du contenu c’est le nationalisme, l’anticapitalisme de façade, le mépris des femmes (par une femme), le culte du patriarcat, des ″grands hommes″, et un esprit de rébellion qui se donne des allures pseudo-révolutionnaires.

Mais ces positions  sont en fait complètement réactionnaires : le corporatisme, l’ethno-différentialisme ou le nationalisme ne peuvent pas masquer totalement l’existence de classes sociales aux intérêts opposés ni des rapports antagonistes entre les femmes et les hommes aux sein de ces classes, car ces rapports sociaux existent, ils sont une réalité!

Par contre, ce texte est idéaliste du début à la fin, car les idées avancées par l’auteure n’existent que dans la tête de l’auteure, et pas dans le monde sensible.

La seule chose que nous pouvons te souhaiter, Adélaïde, c’est de te confronter au réel : si un jour tu as besoin de vendre ta force de travail pour vivre, ou si tu restes chez toi pour élever tes enfants (comme tu sembles le préférer), tu pourras nous expliquer en quoi ″une femme libre n’a nul besoin″…

Publicités