Le tribunal d’Arras enferme le peuple et protège les bourgeois

par Comité de Vigilance Antifasciste 62

Cette semaine, dans l’Avenir de l’Artois, on trouve dans la rubrique « faits divers » trois jugements rendus par le tribunal d’Arras.

« La détention est le seul moyen de le protéger de la société. »

Tout d’abord il y a cet homme de 26 ans qui a volé un ordinateur portable à Avion.  Héroïnomane,  ne sachant ni lire ni écrire, il réclame sa mise en détention : ″même si c’est pas beaucoup de temps, c’est pas grave″. Pourtant la prison d’Arras est un endroit très dur, où l’on se suicide : ça en dit long sur la détresse de cette personne, pour qui  la prison est une perspective plus enviable que la remise en liberté. Et là, la substitut du procureur a cette phrase incroyable:  ″la détention est le seul moyen de le protéger de la société″. Un aveu de la justice que notre système est insupportable pour les  plus fragiles d’entre nous, et que, finalement la privation pure et simple  de la liberté est une oppression plus vivable?  Il est condamné à deux ans ferme pour vol d’ordinateur.

« Je voulais plutôt prendre à un riche pour épargner des gens plus modestes. »

Puis il y a K., 20 ans, arrêté au bord de l’autoroute par les gendarmes de Marquion, en possession d’une Porsche qu’il avait volée en Belgique à un banquier (directeur d’une agence Dexia) en le menaçant avec un pistolet en plastique. ″Pourquoi une voiture si couteuse?″, l’interroge la présidente du tribunal. Et lui répond : ″Je voulais plutôt prendre à un riche pour épargner des gens plus modestes″. Nous saluons sa solidarité de classe au passage.

Le directeur de l’agence bancaire est présent lors du jugement. c’est la deuxième Porsche qu’on lui vole cette année, mais il le prend plutôt bien : le journaliste, sur un ton admiratif, rapporte que le banquier ″montre de la compassion″ pour son agresseur, même si cela peut paraître ″fou″.

Pourtant il n’y a aucune raison d’admirer la  » compassion » d’un cadre de Dexia: en 2008 la banque avait versé 8 millions d’euros de bonus à ses cadres (peu de temps après avoir été sauvée de la faillite par les états français et belge, et peu de temps avant la destruction de 900 emplois). Juste de quoi s’acheter une ou deux voitures de luxe…

Toujours est-il que la compassion de la bourgeoisie a ses limites : le tribunal condamne K. à quatre ans ferme avec maintien en détention.


Puis il y le cas de l’ancien gérant de Méd’Hygiène, une entreprise bapalmoise de récupération de seringues et cotons usagés. En 2006 elle a réalisé un chiffre d’affaires de 538 000 euros (voir ici un article dithyrambique sur cette société).

″Tout ça repart à Saint-Saulve pour être transformé en poussière stérile.″   Le gérant,  interviewé  en 2005.

Seulement voilà, un chauffeur de l’entreprise alerte la gendarmerie car il est inquiet pour sa santé. Puis la DDASS découvre que Med’Hygiène est responsable d’un grave péril sanitaire : non respect des délais de destruction des déchets, véhicules et locaux non conformes, registres non tenus, aiguilles qui jonchent le sol…

Le rapport est ″accablant″, selon la présidente du tribunal. Et la substitut du procureur ″s’inquiète pour la santé publique, certains déchets ayant disparu″.  Pour couronner le tout, on apprend que le gérant est récidiviste en la matière!

Le gérant Med’Hygiène  sera condamné à deux mois de prison ferme, 500 euros d’amande et 300 euros de contravention.

Deux ans pour un ordinateur volé, quatre ans pour un vol de voiture, et deux mois pour un péril sanitaire : quand on met en parallèle ces trois condamnations, prononcées au tribunal d’Arras la semaine dernière, la fonction de la justice française nous apparaît plus évidente : frapper le peuple, et protéger la bourgeoisie. Car si K. avait volé une 205 ou une Twingo, est-ce qu’il aurait pris 4 ans?

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